mon armenie
ALAKIAZ

Choeur Arménien de Neuchâtel

Tout a commencé après le tremblement de terre.

Mon père et ma mère faisaient partie de ce type d'immigrés qui recherchaient l'intégration à tout prix. A la maison, nous ne parlions ni le grec ni l'arménien, uniquement le français et nous mangions comme les autres, pâtes, steaks et frites. Peut-être aussi ma mère n'avait-elle pas le temps de cuisiner mieux que ça. Les deux grands-mères, la grecque et l'arménienne, essayaient de compenser cela en me parlant seulement grec et arménien et en nous gavant, mon frère et moi, de "dolmas", de "beureks" ou de "baklava", mais je ne les voyais pas souvent. Aussi, quand elles disparurent, disparut aussi le seul contact que j'avais avec la Grèce et l'Arménie. Jusqu'à mon âge de 40 ans, je me suis contenté de cette vie de déraciné, en tous cas en ce qui concerne l'Arménie. La Grèce, c'est une autre histoire. J'ai toujours évité le contact avec les arméniens, car ils ont la fâcheuse habitude de chanter au milieu du repas et naturellement, j'étais toujours de corvée.

Tout a commencé, donc, après le tremblement de terre.

Alen Ugnat et Kalust Zorik étaient devant la porte de l'église de Cornaux, une très jolie petite église romane. La messe commença. L'évêque, le " serpazan" avec son grand chapeau pointu, tout de noir habillé, commença à psalmodier, suivi par les diacres, et le chœur.

Sans me prévenir, les mots magiques, ceux de Myriam, ma grand-mère, me bouleversèrent. Tout le monde était très ému autour de moi, et je n'étais pas le seul à avoir du mal à retenir mes larmes. Je me trouvais dans un milieu familier : ces gros sourcils foncés et ces lèvres entourées d'un fin trait clair, je les connaissais, pour les voir tous les matins dans le miroir et sur le visage de mes enfants.

Étais-je enfin chez moi ?

Et puis, il y avait la divine liturgie de Komitas. Les pauvres choristes, mal formés et mal dirigés, faisaient ce qu'ils pouvaient, mais, malgré tout, la musique était là, belle, mystique, et nostalgique.

Il fallait que je la chante.
Au début, nous étions six, maintenant nous sommes douze, et parfois treize quand notre prêtre,"Der Haïr" Schnork Tschekidjian, chante avec nous:

Carole Battais, pianiste
Denis Battais, guitariste
Erol Incici, dentiste
Fataneh Howe, graphiste
Jean-Marc Génadinos, acupuncteur-ostéopathe
Marianne Flück, institutrice
Mary Ugnat, enseignante
Muriel Denzler, agent artistique
Odile Mougin, infirmière
Sibylle Incici, physiothérapeute
Thérèse Génadinos, acupuncteur-ostéopathe
Thierry Lattion, archiviste


Et moi je dirige et chante les soli.

Un seul d'entre nous parle l'arménien, Erol, et nous guide pour la prononciation. Les répétitions sont irrégulières, au gré de nos emplois du temps chargés, et de ma présence à Neuchâtel. Le projet initial était d'assurer la tenue de la messe, qui, sans chœur, ne peut avoir lieu. Nous avons appelé cette chorale "ALAKIAZ, choeur arménien de Neuchâtel", à cause d'une mélodie du même nom écrite par Komitas.

Moi, je suis tombé amoureux de cette musique et je voulais l'entendre telle qu'elle avait été écrite par Komitas, avec ces voix qui s'entrecroisent, ces bourdons à l'ancienne, ces voix solistes qui sortent du chœur, et "a cappella". Trop souvent, cette belle liturgie est réduite, par faute de moyen ou par ignorance,à une seule voix qui, même bien chantée, n'est qu'une pâle image de la richesse de cette musique.

Je me suis rendu compte, au long de ces répétitions, que nous étions en train de générer quelque chose d'important. Un peuple sans culture meurt. Si la musique arménienne est chantée, les arméniens ne mourront pas et c'est un pied de nez à l'histoire. A Neuchâtel, il n'y a pas de tradition arménienne, parce qu'il y a peu d'arméniens. Notre travail crée une tradition.

 

NOTRE MESSE
Haïr mer
Der voghormia
ourach ler

 

PARTITION DE LA MESSE DE KOMITAS, PHONÉTIQUE FRANÇAISE
pdf, 26MO