coulisses
LE VISITEUR

un opéra de Stavros Xarhakos
sur un livret d' Eric Emmanuel Schmitt


PIERRE JOURDAN

La création du Visiteur ä Compiègne aura été le lieu de toutes les rencontres.

Je connaissais Pierre Jourdan depuis plusieurs années déjà, mais c'est là que je l'ai vraiment découvert Pierre. Pour avoir déjà été invité à de multiples occasions au Théâtre Impérial de Compiègne, j'avais déjà côtoyé ce personnage hors du commun, attachant et infernal à la fois, mais, je dois le dire jusqu'au Visiteur, plus infernal qu'attachant. C'est un véritable directeur de théâtre tyrannique comme on peut se l'imaginer. Le théâtre tout entier ne vit que par lui, je devrais dire n'existe que par lui au propre comme au figuré. D'un naturel mégalomane, Pierre Jourdan a fait du hangar qu'était devenu ce théâtre une maison de haut niveau comme il se l'était imaginée. Il est capable de réaliser sur scène toutes ses folies, il s'en donne les moyens, et surtout, par je ne sais quelle magie, les trouve. L'ambition folle de redonner du galon à un patrimoine culturel français tombé dans l'oubli est magnifique. Bien sûr son côté ombre est là aussi, surtout à la fin des répétitions qui ne fonctionnent pas comme il le veut. Ses colères sont devenues légendaires. Mais il y a chez lui un côté lumière tellement attachant, une immense générosité, un tel amour de son travail et du travail bien fait, un sacré professionnalisme, qu'on ne peut que l'aimer malgré son caractère ... affirmé.

Mais pour Le Visiteur, nous touchions à ce qu'il y a de plus précieux chez lui, et chez moi aussi, l'amour de la Grèce sous toutes ses formes. On appelle ça de l'héllénophilie. C'est une maladie qui ne se soigne pas... Je me suis rendu compte que plein de choses extrêmement importantes pour moi l'étaient pour lui aussi, et cela au contact de cette musique très "grecque".

Mais il n'y a pas que cela. Autre point de convergence, bien qu'il soit apparemment un homme de droite et de ce fait a priori incompatible avec mes idées personnelles, il a aussi cette aversion profonde contre tous les totalitarismes qui est un des thèmes importants de cette pièce magnifique.

Les répétitions ont été un véritable bonheur, non seulement parce que Pierre Jourdan ne s'est jamais mis en colère, mais parce que nous avons été d'accord sur tout, et ça, on peut le marquer d'une colonne dorique! Je ne peux pas oublier la dernière scène où Anna, la fille de Freud, revient à la maison, libérée par la Gestapo, et serre son père dans ses bras. Pendant les répétitions où la figurante n'était pas là, c'est Pierre Jourdan qui tenait ce rôle, et chaque fois, ça n'a pas manqué, nous finissions en larmes, lui et moi. La situation est certes émouvante, mais en général les artistes ont une distance qui leur permet de ne pas craquer, ce serait invivable sinon: ça l'a été à chaque fois. Je me l'explique difficilement, mais enfin... Serrer dans mes bras un homme qui représente, quelque part pour moi, l'image du père, se dire que nous nous battons ensemble, à notre manière, contre la "peste brune", que nous défendons une musique qui nous tient à coeur et que nous nous efforçons par tous les moyens, contre vents et marées, de rendre le français chanté moderne et intelligible, il y a plein de raisons pour que ce petit moment ait été un grand moment d'émotion.

 


SIGMUND FREUD

Je me sens un peu bête quand je dis que j'ai rencontré Sigmund Freud. Je n'ai lu aucun de ses livres, sauf peut-être "L'interprétation des rêves" en cours de philo au lycée. Pour le moment, je n'ai encore jamais eu besoin d'un psychanalyste et je n'ai donc jamais baigné dans "l'ambiance" psychanalytique. Par contre, à cause de l'histoire tragique des Arméniens et des Juifs, je me sens des affinités avec le rôle de Freud. C'est donc par le détour du théâtre que j'ai fait la connaissance de ce grand homme, plus même peut-être que ceux qui ont étudié son oeuvre parce que je me suis véritablement mis dans sa peau. Souvent même, j'ai eu l'impression que je pensais comme lui, qu'à force de souffrir comme lui, de dire ses mots, de me trouver dans la même situation que lui, des pensées qui ont sûrement dû être les siennes me sont venues à l'esprit: Quelle expérience fascinante! Je suis même persuadé qu'il y a plein de choses qu'il n'a jamais osé dire, l'histoire d'un vieux monsieur plongé depuis des années dans la douleur physique et dans le désespoir politique de la société dans laquelle il vivait. S'est-il une fois "laissé aller"?

Il faut quand même dire que ma connaissance du personnage n'est pas uniquement liée à ce qu'en dit l'auteur, Eric-Emmanuel Schmitt. Avant de l'étudier, je me suis quand même "renseigné". Le petit fascicule de la série "Que sais-je" sur Freud est passionnant et le site du Sigmund Freud-Museum de Vienne qui lui est dédié ne l'est pas moins : on peut y découvrir des vidéos des derniers moments de la vie de Freud à Vienne puis à Londres, juste après la période pendant laquelle se déroule "l'action" du Visiteur.


Séance de maquillage avec Kuno Schlegelmilch

Kuno Schlegelmilch est un grand maître et un homme adorable. C'est lui qui est responsable du masque magnifique qui a bluffé tout le monde. Au début du projet du Visiteur, il s'est déplacé personnellement chez moi pour faire une empreinte de mon visage. Cela s'est passé en famille, dans notre salle à manger, au milieu des enfants qui riaient de voir leur père la tête recouverte de plâtre. C'est une expérience unique dans la vie d'un artiste de rentrer véritablement dans la "peau" d'un personnage réel. Je dois dire que le masque de Freud m'a vraiment aidé à prendre possession du personnage : le travail était déjà fait en grande partie, il ne manquait plus qu'un dos voûté, quelques tremblements de vieillesse, un peu de fatigue dans la voix parlée et le tour était joué! Pour l'enregistrement télé, le maquillage avait été spécialement réussi, chaque poil de barbe collé à la main, chaque tache de vieillesse, judicieusement placée, même sur les mains, les sourcils décolorés et retracés, et pas simplement maquillés comme pour les représentations publiques qui ont suivi, la ressemblance avec Sigmund était véritablement choquante.

La seule chose qui reste de mon visage, c'est le nez...

Vidéo de la fabrication de l'empreinte de mon visage pour fabriquer le masque de Freud.
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