coulisses
LA CORBEILLE DE FRUITS


Michael Gielen et Ruth Berghaus, Francfort, 1986

Dans un restaurant gastronomique, imaginons le plateau de fruits : il y a au moins une cinquantaine de fruits différents, une bonne dizaine connus et magnifiques et les autres, étranges, venus de contrées lointaines et à l'aspect bizarre et, peut-être, peu engageant. L'orange est tellement belle et la banane aussi que je vais les choisir et je vais m'en régaler. Mais une fois rassasié de mon envie de fruits connus, je vais penser aux autres que je ne connaissais pas et que je n'ai pas choisis pour cette raison. Ma curiosité va me forcer à retourner dans ce restaurant extraordinaire pour goûter, cette fois-ci, aux autres fruits et découvrir ainsi des saveurs inconnues qui vont faire évoluer mon goût dans un sens ou dans l'autre. En tous cas, je ne serai plus le même en sortant de ce restaurant.

Une bonne mise en scène doit ressembler à ce plateau de fruits. Elle doit suivre le sens des mots et s'en éloigner en même temps. Tout l'art du bon metteur en scène devrait aboutir à donner un sens et une raison à tout ce qui se passe sur scène (mots, lumière, action, décors, etc..), il devrait même arriver à inventer des fruits qui n'existent pas encore! Et dans ce cas là, bien sûr, l'opéra ne se meurt plus. Au contraire, il devient l'Art Total, il peut aller bien plus loin que le théâtre quand il est servi par des chanteurs-acteurs et des chefs d'orchestre engagés.