ma grèce
GALAXIDI

Nous y sommes arrivés par hasard. Jusqu'à il y a deux ans, nous faisions notre première halte dans un camping à vingt kilomètres de Galaxidi, un camping perpétuellement désert, entretenu, plus ou moins, par un Grec plus grec que grec, mais qui parle un français parfait puisqu'il avait fait ses études à Lausanne. Au fil des années, son humeur s'était dégradée à l'unisson avec l'entretien du camping, et il y a deux ans, il nous annonçait sa fermeture.

C'est alors que nous avons décidé d'aller voir ailleurs. Vingt kilomètres plus loin donc, Galaxidi, un petit village qui était dans le Guide du Routard.

On a l'impression que la vie s'est arrêtée à Galaxidi. De l'autre côté du quai où sont amarrés les bateaux, s'ouvrent les terrasses d'une ribambelle de tavernes, l'une plus jolie que l'autre, mais qui finalement se ressemblent toutes. Au menu, les mêmes plats, les mêmes poissons, les mêmes prix. Galaxidi ne semble pas connaître la concurrence. Il y a par contre une taverne dont les tables sont au milieu de l'eau, sur une espèce d'avancée en béton sur la mer où devaient accoster les bateaux à une époque où ils étaient plus nombreux. C'est là que nous allons manger parce qu'on peut presque y toucher la mer depuis notre table.

Je crois que le responsable de l'ambiance bizarre de ce port en suspension dans le temps, c'est le magasin d'antiquités. Il y a, exposées, une multitude de vieilles choses de la mer, qui sont sûrement de fausses antiquités, construites pour l'occasion, des lampes à pétrole, des objets en laiton, fausses récupérations d'épaves, des bouts de bois peints par un mystérieux marin grec en mal du pays. On y achète aussi les traditionnels koboloï, ces chapelets orientaux, très beaux eux, qui ont perdu depuis longtemps leur fonction religieuse. Ce magasin, malgré ses arnaques naïves, a la marque du passé.

L'hôtel Galaxa est une merveille. Une vieille maison toute blanche avec ses volets bleus, mais je ne m'en lasse pas. Les chambres se veulent luxueuses pour que les 60 euros de leur location ne semblent pas trop élevés. Sur les murs du couloir, des reproductions de tableaux représentant toutes sortes de bateaux, autre empreinte étrange d'un passé maritime, avec leur nom en grec : la frégate, le trois-mâts, le brick et d'autres noms dont je ne connais pas la traduction en français. La climatisation fait un bruit horrible, mais, heureusement, on peut la déclencher. La salle de bain est minuscule, mais l'eau, chaude quand on n'oublie pas d'allumer le chauffe-eau, y coule généreusement. Les serviettes sont les plus épaisses et les plus douces qu'il m'ait été donné d'avoir. La fenêtre s'ouvre sur le rêve, et sur la terrasse, de l'autre côté de la ruelle, là où tout se passe, les bourrasques de souvenirs et un petit déjeuner avec une confiture de mandarines maison inoubliable.

Je me plais à penser à cet endroit comme celui ou je jetterai mon ancre une fois, pas pour mes vieux jours, mais pour un de ces jours imaginaires où je ne serai plus qu'un souvenir, une trace, un fantôme...