theatre
MOINE, POÈTE ET MUSICIEN


"Hayren kidès ? Hayren kidès ? Parles-tu l'arménien ?"
A cette époque, je ne parlais que le turc, l'usage de la langue arménienne était interdit à Kutahya sous peine d'avoir la langue tranchée.
Notre Catholicos, Kévork IV, en fut fort contrarié.
"Mais que sais-tu faire alors?", me demanda-t-il.
"Je chante".

J'avais à la maison un livre racontant la vie passionnante et émouvante de Komitas, dont j'ai déjà enregistré plusieurs mélodies. Pour le concert, au lieu de laisser les morceaux s'enchaîner les uns après les autres comme sur un disque, j'ai eu envie de les intégrer à un spectacle théâtral qui parlerait de quelques moments de la vie de Komitas qui m'avaient particulièrement touché. Pendant que je l'écrivais, je me suis rendu compte qu'en essayant de restituer la vie de Komitas, je touchais aussi aux questions que peut se poser un artiste, ou n'importe quel être humain, en quête du sens de ce qu'il fait.

Komitas (1869 - 1935)

Premier ethnomusicologue arménien, Soghomon Soghomonian est né en 1869 à Kutahia (Turquie), d'un père cordonnier et d'une mère poétesse. Orphelin, il est éduqué au siège de l'église apostolique arménienne à Etchmiadzine. Il est ordonné prêtre et prend le nom de Komitas, nom d'un célèbre Catholicos arménien, poète et musicien du VIIe siècle. Il étudie la musique en Géorgie puis à Berlin pendant plusieurs années. Rentré à Etchmiadzine, il étudie les neumes du Moyen-Age et parcourt inlassablement les campagnes recueillant - à la manière de Bartok - les mélodies populaires arméniennes, turques et kurdes. Il en harmonisera ou transcrira plus de quatre mille. Lors du génocide arménien, en 1915, il est l'un des premiers à être arrêté et déporté. Il est sauvé grâce à des interventions internationales, mais tous ses collègues, étudiants et amis périssent dans le massacre, et la plupart de ses manuscrits ont été détruits. Son équilibre psychique en est irrémédiablement affecté. Il passe le reste de sa vie à Paris dans des cliniques psychiatriques, tragiquement retiré du monde réel. Après un long et douloureux silence, il meurt en 1935 à la Salpétrière. Environ 1200 mélodies ont été retrouvées et rassemblées: berceuses, danses, chants épiques, funéraires et lamentations, chants de labours, de moissons et d'amour.

Créé au Festival des Jardins Musicaux de Cernier (Suisse), le 25 août 2001

Puis donné à :

  • Yverdon-les-Bains, le 2 décembre 2001
  • Ropraz, Fondation L'Estrée, le 27 avril 2002
  • Besançon, Opéra Théâtre, le 14 décembre 2002
  • Romainmôtier, L'Arc, le 2 octobre 2004
  • Genève, Théâtre Saint-Gevais, le 18 avril 2005
  • Berne, Dampfzentrale, le 19 avril 2005
  • Lausanne, Théâtre Municipal, 20 avril 2005
  • Toulouse, Auditorium Saint-Pierre des Cuisines, 13 novembre 2007
  • Genève, Théâtre Saint-Gervais, le 24 janvier 2009

 

Le texte intégral de la pièce au format PDF
l'émission sur Espace 2 Extraits vidéo (9'36'')