theatre
DON QUICHOTTE OU SANCHO

Prends cette île qu’il est toujours en mon pouvoir
De te donner ! Un flot azuré bat ses grèves…
Elle est belle, plaisante…et c’est l’île des rêves !

Cela faisait 18 ans que Jean-Jacques Cubaynes et moi ne nous étions pas vus. Les hasards des engagements ne l’avaient pas permis. Installés confortablement à la brasserie 1802 de Besançon après une répétition du Balcon d’Eötvös, il nous a fallu recoller le passé et le présent en quelques minutes. Le temps n’avait pas altéré notre amitié, au contraire. Il ne fallait plus attendre encore 18 ans pour se revoir, mais comment provoquer le hasard ?

A la question traditionnelle "Dans quel opéra pourrions-nous chanter ensemble?", le grand et le petit, c’était une évidence, se retrouveraient dans Don Quichotte. C’est alors que, son grand sourire charmeur éclatant sur son visage, Jean-Jacques Cubaynes sortit de sa sacoche la toute nouvelle traduction du Don Quichotte de Cervantès, qui venait de sortir à l’occasion du 500ème anniversaire de sa naissance.

L'exclamation fusa en stéréo: "Et si nous écrivions notre propre pièce de théâtre, au lieu d’attendre une bien hypothétique production du merveilleux Don Quichotte de Massenet ?"

Deux jours plus tard, le scénario n’était pas encore fait, le titre pas encore choisi, mais nous avions déjà un engagement : un récital à trois dans une église, qui se transforma vite en récital théâtral, l’occasion de tester notre idée, malgré l’absence de décors, costumes, éclairages...

C’est au festival d’art sacré de Saint-Lizier, près de Toulouse, que fut créé "Autour de Don Quichotte". Le Festival de Saint-Ursanne, qui voulait produire un spectacle dans les décors de John Howe, passa commande de la pièce pour l’ouverture du Festival, qui aura lieu le 23 juin prochain.

LA PIECE

La pièce est une évocation du roman de Cervantes. Mais c’est aussi l’histoire de nos passions, de nos rêves de grandeur,de nos rêves d’ailleurs.

Ce sont deux amis qui aspirent, non pas, comme dans la vie réelle des interprètes, à chanter Don Quichotte, mais à devenir le héros mythique. Le plus acharné est le plus petit des deux. Il essaye d’adopter les attitudes du Chevalier à la Longue Figure, il se prend au jeu, mais il est tellement maladroit qu’il doit vite se rendre à l’évidence : pour ressembler au mythe il faut être grand. Par la force des choses, il devra se contenter de Sancho, le poltron.

Par contre son ami, le "grand", n’a aucun problème pour s’approprier le mythe. Voici donc, au bout d’une vingtaine de minutes, le couple établi. Bon gré mal gré, le "petit" accepte son personnage, et au fil de l’histoire, il investit son rôle complètement, il en comprend l’importance : il incarne l’Homme, avec ses faiblesses, mais aussi avec tous ses possibles, sa capacité à progresser, et même, à devenir un héros.

Don Quichotte est le mythe, il sera Don Quichotte jusqu’à son dernier souffle. Sancho, lui, passera du valet râleur au héros : c’est lui qui se dressera contre la bêtise humaine, c’est lui qui sera le vecteur de la pérennité du mythe, parce que le mythe ne survit que s’il y a des hommes pour le raconter.


Don Quichotte ou Sancho
Pièce de théâtre musical pour mezzo, baryton, basse et piano

Musiques de Maurice Ravel, Jacques Ibert, Mitch Leigh et Jules Massenet
Sur une idée et de Jean-Jacques Cubaynes et Armand Arapian
Textes de Cervantes, extraits de « Don Quichotte »

Mise en scène : Armand Arapian
Décors et costumes : John Howe

Dulcinée : Marie Cubaynes
Sancho Pança : Armand Arapian
Don Quichotte : Jean-Jacques Cubaynes
Piano : Franck Villard

extraits de la représentation de Saint Lizier