décalé
GOLAUD ET SON FILS

Juste avant la première de Pelléas et Mélisande, Lille 1996

Le photographe de chez Naxos mitraillait à tout vent, et il a absolument voulu faire une photo avec mon fils Sassoun. A vingt minutes d'entrer sur scène, j'étais déjà dans le personnage, déjà perdu dans une forêt où mes angoisses et celles de Golaud s'entremélaient sans que je puisse vraiment le controler, avec, en plus, la conscience prémonitoire du drame qui allait se passer sur scène, essayant aussi de trouver une distance avec ce rôle qui me tient tant à coeur, irrité aussi par la barbiche minable dont on m'avait affublé.

Le pire moment pour une photo.

Pauvre petit garçon de huit ans, qui sent bien, sans vraiment comprendre, que c'est Papa mais que ce n'est plus Papa, mais Papa quand même. La pensée n'est pas assez claire pour qu'il puisse l'exprimer. Alors il a un sourire qui n'en est pas un, mais qu'il essaye désespérément de faire pour la photo. Tentative de sourire parce qu'il est avec Papa, mais où est mon Papa?

C'est pas facile d'être un enfant de chanteur, surtout les jours où il chante Golaud